Le siècle derni je peux en parler, je l’ vu finir... II parti sur la route apr Orly... Choisy-le-Roi... C’ét du côt d’Armide où elle demeur aux Rungis, la tante, l’aïeule de la famille...


Elle parl de quantit de choses dont personne se souven plus. On choisiss à l’automne un dimanche pour all la voir, avant les mois l plus durs. On reviendr plus qu’au printemps s’étonn qu’elle vive encore...


L souvenirs anciens c’ tenace... mais c’ cassant, c’ fragile... Je suis sûr toujours qu’on pren le « tram » devant le Chatel, la voiture à chevaux... On grimp avec nos cousins sur les bancs de l’impériale. Mon père rest à la maison. L cousins ils plaisant, ils dis qu’on la retrouver plus la tante Armide, aux Rungis. Qu’en ayant pas de bonne, seule dans un pavillon elle se fer sûrement assassin qu’à cause des inondations on ser peut-être avertis trop tard... [...]


Arriv au terminus fall faire alors vinaigre ! Enjamb l gros pav, ma mère me tir par le bras pour que je la suive à la cadence... On rencontr d’autres parents qui all voir aussi la vieille. Elle av du mal ma mère avec son chignon, sa voilette, son canoti, s épingles... Quand sa voilette ét mouill elle la mâch d’énervement. L avenues avant ch la tante c’ét plein de marrons. Je pouv pas m’en ramass, on n’av pas une minute... Plus loin que la route, c’ l arbres, l champs, le rembl, d mottes puis la campagne... [...]


On parven tout tremp aux premières maisons. [...]


D'après Louis Ferdinant Céline, Mort à crédit