La brise aux doigts furtifs fait trembler de l'argent
sur la feuille
, paupière agitée, et sur l'herbe;
avec l'angelus grave et résigné chemine
le multiple retour, au lointain, des clarines;
des chariots de foin oscillent sur la route;
les peupliers d'or clair frémissent; on écoute
retomber le marteau sur le contre-heurtoir,
et le plaintif appel des mendiants du soir.
Charles Guérin, Le Coeur solitaire, "Ce Soir"

Le matin s'écroule comme une pile d'assiettes
En milliers de tessons de porcelaine et d'heures
Et de carillons
Et de cascades
Jusque sur le zinc de ce bistro très pauvre
Où les étoiles persistent dans la nuit du café
R. Desnos Destinée arbitraire, "A l'Aube"

Tu te diriges vers le bois, là où l’orée
Ouvre un chemin retentissant de cris lointains.
Le feu de la Saint-Jean dans le vallon s’éteint.
La nuit, la courte nuit, déjà s’est égarée.
R. Desnos Contrée, "La nuit d'été"

L’arbre du soir, l’abat-jour de la lampe et la clef du repos.
Tout tremble quand la porte s’ouvre sans éveiller de bruit.
Le rayon blanc traverse la fenêtre et inonde la table.
Une main avance à travers l’ombre, le rayon, le papier sur la table.
C’est pour prendre la lampe, l’arbre au cercle étendu, l’astre chaud qui s’évade.
Un souffle emporte tout, éteint la flamme et pousse le rayon.
Il n’y a plus rien devant les yeux que la nuit noire et le mur qui soutient la maison.
Pierre Reverdy, Etoiles Peintes., "Tout dort"

Ce soir après la pluie est doux; soir de septembre
si doux qu'on en voudrait pleurer, si plein d'abeilles
qu'on fuit tout défaillant la pénombre des chambres.
C'est un soir de septembre un peu triste, et c'est veille
de dimanche, et c'est l'heure où ceux de la maison
viennent s'asseoir parmi les roses du perron.

C'est un soir de septembre et veille de dimanche.
On se tait; la maison et les roses sont blanches.
L'automne, enlumineur silencieux et lent,
à déjà sur les murs rougi la vigne vierge.
Charles Guérin, Le Coeur solitaire, "Ce Soir"